"Bataille sur le grand fleuve" de Jean ROUCH

Cinéma en plein air au parc Léon Bernard de Limeil-Brévannes avec BRICE AHOUNOU

Projection de "BATAILLE SUR LE GRAND FLEUVE" (1951)de Jean Rouch, dans le cadre du FESTIVAL DE L'OH.
Pour présenter ce film, Franck Prunier a invité Brice Ahounou, anthropologue et ancien collaborateur de Jean Rouch.

Le film est une épopée fluviale au cours de laquelle les pêcheurs Sorko chassent au harpon les hippopotames du fleuve Niger. Jean Rouch est resté quatre mois sur une pirogue pour filmer cette technique de chasse qui est surtout un rituel où les pêcheurs refont une alliance avec le fleuve.

Biographie de Jean Rouch

Jean Rouch effectue son premier voyage en Afrique en 1941, alors qu'il est encore ingénieur des Ponts et chaussées. Passionné d'ethnologie, il voit rapidement dans le cinéma un moyen de faire connaître au public européen les traditions et la culture africaines. Refusant tout "exotisme", il s'attache à montrer ces rituels à l'état brut, tout en ajoutant un commentaire très personnel, comme dans l'un de ses films les plus célèbres, Les Maîtres fous (primé à Venise en 1957), dans lequel est perceptible le profond respect du réalisateur qui emploie, à propos de son travail, le terme de "ciné-transe".
Parallèlement à ses nombreux travaux en Afrique, Jean Rouch se fait connaître en France avec Moi, un Noir, Prix Louis-Delluc 1958, un troublant mélange de documentaire et de fiction dans lequel le cinéaste suit à Abidjan les tribulations tragi-comiques d'émigrés nigériens qui se font appeler Edward G. Robinson ou Eddie Constantine. En 1960, il tourne dans Paris avec le sociologue Edgar Morin Chronique d'un été, primé au Festival de Cannes.

L'influence considérable de Rouch dépasse le cadre du documentaire. Les cinéastes de la Nouvelle Vague, notamment Jean-Luc Godard, ont ainsi été très marqués par les films -tournés caméra à l'épaule- d'un artiste qui a été dans les années cinquante le fer de lance de ce qu'on appelle alors "cinéma direct" ou "cinéma vérité". Rouch réalise d'ailleurs un des sketchs du film-manifeste Paris vu par…, aux côtés, entre autres, de Claude Chabrol et Eric Rohmer. Fondateur en 1952 du Comité du Film ethnographique, cet homme cultivé et enthousiaste a été directeur de recherche au CNRS et présida la Cinémathèque de 1987 à 1991. En 2004, cet amoureux de l'Afrique, réalisateur de plus de cent films, trouve la mort dans un accident de voiture au Niger, à l'âge de 86 ans.

Euro Project à l'Institut du Monde Arabe

Le cinéma sur le parvis de l'Institut

Cinéma en plein air à l'Institut du Monde Arabe.

Les enfants et le cinéma de Vélizy-Villacoublay

L'ANTRE DU PROJECTIONNISTE

A l'initiative de la mairie de Vélizy-Villacoublay, les opérateurs projectionnistes d'Euro Project dévoilent quelques tours de "Magie" du cinéma, au sein de la salle Raimu de l'espace Maurice Ravel, pour le plus grand bonheur des élèves des écoles primaires de Vélizy-Villacoublay.

Depuis 1987

Cinéma dans les quartiers de Bobigny

Depuis 1987 Euro Project apporte le cinéma au cœur des quartiers de Bobigny :

  Quartier Centre-ville - Estienne d'Orves
  Quartier Édouard Vaillant - place du marché
  Quartier Grand quadrilatère - Théâtre de verdure
  Quartier Édouard Vaillant - rue d'Oslo
  Quartier Grand Quadrilatère - Cité de l'Étoile
  Quartier Centre-ville - Bons Enfants
  Quartier Grand quadrilatère - Romain Rolland
  Quartier Centre-ville - Hector Berlioz
  Quartier Édouard Vaillant - place de l'Europe

CINE CONCERT A SUCY-EN-BRIE

« Les aventures du prince Ahmed »

Les musiciens de l’association Des histoires qui font rêver se produiront à l’Espace Jean-Marie Poirier de Sucy-en-Brie. Ils accompagneront le chef d’oeuvre de Lotte Reiniger « Les aventures du prince Ahmed »,  film réalisé en silhouette d’ombre entre 1923 et 1926.
Avec Pascal-Edouard Morrow au violon, Guy Franck Pellerin au saxophone et David Guil aux percussions.

L’intemporalité de cette œuvre exceptionnelle a mené l’association vers un travail de composition sur le long terme. Le lien solide qui existe désormais, entre le film et Des histoires qui font rêver, n’a pu exister que par l’expérience d’une écriture musicale, inspirée de la dramaturgie…

En savoir plus :

https://vimeo.com/133014757

Rencontre au Ciné Montrouge

Michel Piccoli a rendu hommage à Maurice Garrel

Pour peu il s’excuserait pour son grand âge. Il a pourtant fière allure l’anti-héros de «Max et les Ferrailleurs».  Le regard vif et le pas assuré, on le sent ému d’avoir revu «Alors voilà», son premier film au titre de réalisateur. Il l’a tourné en 1997 avec son ami Maurice Garrel*.

- Vous êtes très vertueux! lance-t-il aux spectateurs en guise de remerciement.
Les applaudissements viennent à peine de s’interrompre, mais que signifie donc ce compliment adressé au public?
- Vous n’avez rien compris, n’est-ce pas? L’histoire, les dialogues. C’est comme ça les films, ça vieillit.
Il veut parler de la pellicule défraîchie, du son étouffé… la faillibilité de la technique.
- C’est vrai, lance une spectatrice, j’avais vu «Alors voilà» à sa sortie, c’était un autre film. La bande son remplissait la salle, on pouvait pleinement apprécier le travail sur la lumière.
- Merci madame d’avoir remarqué la lumière. J’avais beaucoup travaillé à l’époque avec le chef opérateur Laurent Machuel pour créer une ambiance. Mais hélas les films sont comme ces photos qu’on enferme dans une boîte. Des années après, on les ressort et on s’aperçoit que les couleurs ont disparu. 
Il les aime ses acteurs, mais ne souhaite pas parler directement de son ami disparu en juin 2011. Il évoque juste ce moment du film où Maurice Garrel regarde les photos tendues par Dominique Blanc. 
- Il a joué cette scène avec une vérité époustouflante. Un des meilleurs comédiens que j’ai connu. Dominique Blanc aussi, une actrice prodigieuse, doublée d’une femme extrêmement fréquentable.
Il parle des autres acteurs du film, Arno, qu’il tient pour un chanteur de génie, Roland Amstutz (malade pendant le tournage) qui se donna la mort deux mois après le dernier tour de manivelle, des enfants, acteurs ou pas, et dont chacun d’entre nous devrait conserver l’intelligence jusqu’à la fin de sa vie.
Un spectateur l’interroge plus largement sur le métier, la différence entre théâtre et cinéma. 
- Pour un acteur, dit-il, le cinéma et le théâtre sont des métiers totalement différents. Au théâtre, c’est le comédien le patron, au cinéma c’est le réalisateur. Il faut former un vrai binôme avec lui, c’est de cette complicité que naîtra le film.
Il cite alors trois metteurs en scène : Sautet, Bunuel et Renoir. Tout le monde se souvient des «Choses de la vie», de «La mort en ce jardin», du «Fantôme de la liberté» ou de «La voie lactée», mais dans quel film de Jean Renoir a-t-il joué? «French cancan» bien sûr! Avec Gabin. Les questions ne fusent pas dans la petite salle de l’Espace Colucci. Il faut avouer qu’elle intimide cette voix qui a tant vibré à nos cinéphiles oreilles. Moi-même je n’ose le photographier, le flash pourrait l’indisposer… 
- On va se quitter, dit-il d’une voix traînante.
Il n’a pas envie de partir. Parle encore un peu. Flâne sur le plateau.
Je m’avance et ose:
- Je peux vous prendre en photo ?
- Je vous en prie, bien sûr.
Je remarque sa longue écharpe qui tombe sur son manteau.
- Dans toute votre carrière, y a-t-il un film que vous préférez?
- Il y en a oui. Un film de Ferreri je pense.
- «La grande bouffe»?, je m’empresse de répondre.
- Non, pas celui-là, un autre…
Il fronce les sourcils.
-…dont je serais bien incapable de me souvenir du titre. Vous avez vu les films de Ferreri? rebondit-il avec une étincelle dans le regard.
Je cite trois ou quatre films du réalisateur italien; ça lui fait plaisir.
- Ils ne passent plus de Ferreri à la télé, c’est dommage.
Il sort dans le couloir, s’arrête devant une affiche d’«Intouchables». Il commente:
- François Cluzet…Il est bien Cluzet.
Je le remercie.
- C’était formidable de vous écouter, de voir défiler sous nos yeux cinquante ans de cinéma français.
- C’est moi qui vous remercie monsieur.
J’entends quelqu’un lui demander:
- Tu as soif Michel ?
- Oui, répond-il avant de s’éloigner vers l’auto qui l’attend dans la rue Racine. 

Propos recueillis par Franck Prunier


* Né le 24 février 1923 à Saint-Gervais (Isère), Maurice Garrel était le père du cinéaste Philippe Garrel et le grand-père de l'acteur Louis Garrel et de l'actrice Esther Garrel. Ancien élève de Charles Dullin, Maurice Garrel se consacre tout d'abord à la scène, travaillant notamment au côté de Laurent Terzieff. Il sera pensionnaire de la Comédie-Française de 1983 à 1985. Au début des années 60, il se lance dans le cinéma où il apparaît la plupart du temps dans des seconds rôles, tournant pour de grands cinéastes tels que François Truffaut (La Peau douce), Jacques Rivette (Merry go Round), Costa-Gavras (Un homme de trop), Claude Lelouch (Edith et Marcel), Claude Chabrol (Nada), Claude Sautet (Un coeur en hiver). En 1991, son interprétation dans «La Discrète», de Christian Vincent, lui vaut d'être nommé pour le César du meilleur second rôle. Il le sera une seconde fois en 2005 pour «Rois et reine» d'Arnaud Desplechin. Il tiendra régulièrement des rôles, souvent autobiographiques, dans les films de son fils Philippe Garrel (Le Coeur fantôme, Sauvage innocence). Maurice Garrel a également joué dans de nombreuses productions pour la télévision.

CINEMA EN PLEIN AIR SUR LE PARVIS DE L'ONDE

VELIZY-VILLACOUBLAY

A l'occasion de la FETE DES ASSOCIATIONS, la ville de Vélizy-Villacoublay a offert une séance de cinéma en plein air à ses administrés.
300 spectateurs ont pu apprécier POTICHE de François Ozon projeté sur écran géant.

Un nouveau ciné-concert à Saint-Cyr l'Ecole

« The tramp »

Le cinéma les yeux d’Elsa de Saint-Cyr l'Ecole vous présente la dernière création de l'association "des histoires qui font rêver": une projection de trois films, accompagnée au piano par Julio Laks.

Retrouver les premiers films de Charly Chaplin (1892-1977) qui ont rendu son personnage de « Charlot » célèbre.
Charlot s’évade :
Charlot, un prisonnier, réussit à échapper à la vigilance des gardiens de la prison. Il sauve ensuite une jeune femme et sa mère de la noyade en se faisant passer pour un millionnaire, et il est ensuite invité à la réception donnée en son honneur par les parents de la jeune fille. Pourtant, l'un des invités va reconnaître en lui le bagnard évadé. Une course-poursuite s'engage alors.

Charlot fait du cinéma :
Le film se déroule dans les propres studios de la Keystone. Charlot qui flâne dans la rue devant les établissements de prise de vue, voit arriver les vedettes en voiture et les suit à l'intérieur. Là tout le monde s'affaire, vaque à ses occupations, tourne des scènes et on semble ne pas trop faire attention à lui. Mais toujours là où il ne faut pas, il renverse les décors ou pénètre dans le champ de la caméra. L'écart entre fiction et réalité qu'il ne maîtrise pas est bien entendu le prétexte à une série de gags car toujours aussi chevaleresque, il est toujours prêt à prendre la défense des jolies actrices, même si celles-ci sont en train de jouer la comédie devant la caméra !

Charlot fait du music-hall :
M. Pest, un gentleman alcoolique, se rend au music-hall. Il a bien du mal à trouver sa place, dérangeant de nombreuses fois les spectateurs déjà assis ainsi que les musiciens de l'orchestre.
Dans le même temps, M. Rowdy, un autre spectateur situé à l'étage, perturbe parfois malgré lui le bon déroulement des différents numéros présentés dont un charmeur de serpents, une danseuse orientale, un cracheur de feu.

Cycle Michaël Cimino à Meudon

Du 18 au 22 septembre 2013

A l'occasion de la ressortie du film "La porte du paradis" en version intégrale et restaurée, le Centre d'Art et de Culture vous invite à découvrir ou redécouvrir 5 chefs d'oeuvre de Michael Cimino.

Programmation complète sur: http://www.meudon.fr/evenement-37/2013/09/18/cycle-special-michael-cimino-2292.html?tx_cal_controller[type]=tx_cal_phpicalendar&cHash=d4d5f123fdca041075bea50c0348510a

Michael Cimino est le réalisateur de trois œuvres marquantes : "Voyage au bout de l'Enfer" (1978), film traitant de la guerre du Vietnam à travers le périple éprouvant de trois américains ordinaires ; "La porte du Paradis" (1980) qui raconte un épisode peu connu de l'histoire de l'Ouest, à savoir le massacre d'immigrés polonais par une bande de mercenaires à la solde de propriétaires fonciers ; enfin "L'Année du Dragon" (1985), qui montre l'action d'un inspecteur de police qui entreprend de "nettoyer" Chinatown de sa pègre.
Ces trois films forment, selon les dires même du réalisateur, un triptyque sur l'Amérique, son histoire et ses contradictions. "Voyage au bout de l'enfer" traite de l'un des épisodes les plus traumatisants de l'histoire américaine récente, mais les trois personnages principaux sont issus d'une communauté ouvrière de Russes Américains, et le premier tiers de ce film de près de trois heures constitue un long prologue montrant un mariage orthodoxe, suivi d'une fête typiquement russe.
L'importance de l'immigration dans l'histoire américaine, thème, encore secondaire dans "Voyage au bout de l'enfer", devient le sujet central de "La porte du paradis", qui traite d'un génocide de race et de classe à la fois. "L'Année du dragon" aborde frontalement la place de l'immigration asiatique dans la société américaine. Le film, à sa sortie, fut taxé de racisme, car il semblait stigmatiser les activités criminelles de la communauté chinoise. Cimino s'en est défendu, arguant que, pour la première fois dans un film américain, un personnage chinois occupe le premier plan conjointement avec le héros du film. D'autre part, Cimino a insisté pour que les personnages chinois parlent leur propre langue (beaucoup de scène du film sont dialoguées en chinois). Enfin, le personnage de Stanley White (l'inspecteur de police joué par Mickey Rourke), ramène lui aussi à la thématique centrale de Cimino : il s'agit d'un américain d'origine polonaise, fier d'être américain et de s'être intégré à ce pays, mais ne manquant pas de rappeler ces origines. Ce personnage renvoie aussi, comme un écho, à "Voyage au bout de l'enfer" : Stanley White est un ancien Marine's pour qui la lutte contre la pègre n'est que la continuation de la guerre du Vietnam. "Pour Stanley White, dit Cimino, Chinatown devient un autre champ de bataille, la répétition d'un conflit qui pour lui n'a pas été résolu".
D'une manière générale, il n'est rien que Cimino sache mieux filmer que les réjouissances, fêtes, rites et rituels des communautés ethniques : au mariage orthodoxe et à la fête typiquement slave qui s'ensuit dans "Voyage au bout de l'enfer" font écho, dans "La porte du Paradis", la scène haute en couleur où les immigrants polonais assistent, en cercle, à un combat de coq, et celle - filmée en sépia- où ces mêmes immigrés dansent en patin à roulette sous une toile de tente.
L'authenticité de ces scènes s'explique grandement par le choix de figurants non professionnels. Pour la scène du mariage dans "Voyage au bout de l'enfer"ce sont de véritables paroissiens : il aurait été très difficile d'obtenir ce courant, cette vie, de gens qui ont l'habitude de la figuration (...), ces gens étaient de véritables russes américains, qui parlent vraiment cette langue, dansent vraiment ces danses, qui ont vécu leur vie dans cette communauté, qui ont certaines expressions de visages. On ne peut pas créer cela avec des figurants professionnels".
La recherche de l'authenticité guide plus globalement le travail de préparation des films de Michael Cimino. Les tournages de "Voyage au bout de l'enfer" et de "La porte du Paradis" ont été précédés de recherches minutieuses. Pendant plusieurs mois, les assistants de Cimino ont accumulé des milliers de mètres de pellicule sur la guerre du Vietnam. Pour la "Porte du Paradis", Cimino, pour filmer les villes de l'Ouest de la fin du XIXe siècle, s'est servi de l'immense documentation photographique existant sur cette période, et son souci de réalisme a abouti à un résultat qui a déconcerté critiques et public, dont la perception de la réalité de l'Ouest Américain a été faussée par tant de Western, où il n'y avait jamais de figurant à l'arrière plan. Les villes de l'Ouest étaient, au contraire, remplis de gens. En parlant des photographies d'époque, Cimino déclare :"ce qui impressionne toujours, c'est le dynamisme de ces villes en développement ; la raideur des édifices, des gens, des vêtements, mais l'activité, l'énergie, la foule qui se pressait dans les grandes rues, le commerce, on ne nous a jamais montré cela. Nous sommes habitués à voir des décors de cinéma, pas des endroits réels".

"Voyage au bout de l'enfer" a été critiqué par certains car le film ne montrait pas le point de vue vietnamien et ne faisait pas allusion aux divisions qu'avait causés le conflit au sein de la société américaine. Le film obtint néanmoins un immense succès critique et public, et cinq oscars dont celui du meilleur film et celui de la meilleure mise en scène.
Son film suivant, "La Porte du Paradis", fut, à l'inverse, un échec cinglant sur ces deux plans. Cimino se laissa aller à une folie des grandeurs dispendieuse et à une obsession du contrôle absolu, qui aboutirent à faire exploser le budget initial. Le film, présenté dans sa version originale intégrale de 3h40 en novembre 1980, fut retiré de l'affiche de l'unique cinéma new-yorkais où il passait après une première désastreuse et des critiques hystériquement négatives. Sous la pression des producteurs, Cimino lui-même refit un nouveau montage : cette version tronquée de plus d'une heure n'est que l'ombre de l'œuvre originale, et n'obtint pas plus de succès. Au total, cette œuvre cinématographique resta dans les annales comme la plus grande catastrophe financière de l'histoire du cinéma américain qui aboutit à la ruine de United Artists.
"La Porte du Paradis" signe la fin d'une période faste, celle où les "auteurs" (Coppola, Scorsese et d'autres) avaient pris le pouvoir à Hollywood. A partir du début des années 1980, suite à certains échecs retentissants de films d'auteurs dispendieux ("La Porte du Paradis" d'abord, mais aussi "Coup de Cœur", qui endetta Coppola jusqu'au cou), les grands studios américains décidèrent "d'arrêter les frais" et de ne plus donner de moyens pharaoniques à des auteurs mégalomaniaques : les grands réalisateurs sont alors mis sur la touche, et sommé de prouver qu'ils étaient aussi de bon "filmmakers".
Serge Maury


FILMOGRAPHIE :

1974 : LE CANARDEUR (Thunderbolt and Lightfood) 1h55. Avec Clint Eastwood, Jeff Bridges, Geoffrey Lewis, Catherine Bach .
John Thunderbolt, braqueur de banques, se lie d'amitié avec un jeune aventurier, Lighfoot. Faute de retrouver un magot planqué dans une école qui a disparu, il entreprend avec d'anciens complices d'attaquer une chambre forte au canon anti-char…

1978 : VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER (The deer hunter) 3h03. Avec Robert De Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken, Meryl Streep.
Dans une petite ville industrielle de Pennsylvanie, cinq ouvriers de l'équipe de nuit se retrouvent dans un bar, après leur travail. Ils s'apprêtent à fêter le mariage de l'un d'entre eux et le départ de trois autres appelés au Vietnam. Quand ils reviendront, leur esprit restera marqué à jamais par les horreurs qu'ils y ont subies.

1980 : LA PORTE DU PARADIS (Heaven's gate) 3h39. Avec Kris Kristofferson, Christopher Walken, Isabelle Huppert.
A la fin du XIXe siècle, peu après la conquête de l'Ouest, des terres doivent être distribuées aux émigrants. Mais un climat de concurrence et de violence s'installe parmi les différentes minorités. Et les grands propriétaires locaux, liés aux banques, n'entendent pas céder ainsi leurs terres…

1985 : L’ANNEE DU DRAGON 2h14. Avec Mickey Rourke, John Lone, Ariane, Leonard Termo.
Arrogant, têtu, coléreux, mal aimé de ses collègues bien qu'il soit le flic le plus décoré de New-York, le capitaine Stanley White vient d'être nommé a la tête du district de Chinatown. Une vague de violence s'étant mystérieusement abattue sur la communauté chinoise jusqu'ici très paisible.
1987 : LE SICILIEN (The Sicilian) 2h25. Avec Christopher Lambert, Terence Stamp, Joss Ackland, John Turturro.
Salvatore Giuliano décide de séparer la Sicile de l'Italie, au détriment des trois grands dirigeants que sont l'Eglise, la Mafia et l'Etat.

1990 : DESPERATE HOURS (The desperate hours). 1h45. Avec Mickey Rourke, Anthony Hopkins, Mimi Rogers, Lindsay Crouse.
Michael Bosworth, tueur sadique et rusé s'est enfuit du tribunal grâce à l'aide de son avocate et maitresse Nancy Breyers. Flanqué de son frère Wally et d'un compagnon de ce dernier, Michael décide d'attendre pour fuir avec Nancy et, pour assurer leur sécurité, les trois hommes prennent la maison Cornell et ses occupants en otages…

1995 : SUNCHASER (The Sunchaser). 2h00. Avec Woody Harrelson, Jon Seda, Anne Bancroft.
Brillant cancérologue qu'un drame secret ronge depuis l'enfance, Michael Reynolds hérite d'un patient peu ordinaire : Brandon Blue Monroe, un jeune délinquant. Atteint d'un mal incurable, ce dernier croit naïvement en l'existence d'un lac enchanté des montagnes du Colorado, aux vertus curatives. Pour s'y rendre, il kidnappe Michael…

25ème FESTIVAL DU COURT METRAGE DE VELIZY-VILLACOUBLAY

Entretien avec Laurent Firode le lauréat du Prix du Public

De gauche à droite : Didier Albessart, Laurent Firode et les deux comédiens du film Jean-Michel Marnet et Patrick Dross

Palmarès 2013 :
Prix du Jury à « Bad Toys II » de Nicolas Douste et Daniel Brunet
Prix du Public à «La mort du Père Noël » de Laurent Firode
http://www.laurentfirode.com/Films/La_mort_du_pere_Noel_-_Laurent_Firode.html


Bravo à Didier Albessart, président du Ciné-Club de Vélizy-Villacoublay, et à toute son équipe! Une fois encore ils ont su combler les attentes du public avec une programmation diversifiée, empreinte de poésie, d’action et d’humour. Pour cette 25ème et triomphale édition (la salle était pleine à craquer), le public a voté pour « La mort du Père Noël », désopilante comédie réalisée par un vieux routier du court.

« La mort du Père Noël » reste dans la lignée des films à tiroirs de Laurent Firode. « La Nuit est belle » mettait déjà en scène un suicide manqué qui provoquait une série de quiproquos, « Les Astres » racontait l'histoire d'une nuit en flash-back, les destinées de six couples reliées entre elles par des objets ou des faits insignifiants comme une pièce de monnaie, une botte, un cri dans la nuit. Ici, à la suite de quelques malencontreux hasards, chacun est persuadé d’avoir tué un Père Noël. Son premier long reste d’ailleurs dans le même univers. En effet, Laurent Firode réalise des longs métrages depuis 1999. On se souvient du « Battement d’ailes du papillon » avec Faudel et Audrey Tautou, de « Quartier VIP » avec Johnny Hallyday ou encore de « Par amour » avec Valérie Mairesse. Mais pourquoi diable revenir au format court ? Je lui ai posé la question au bar du Ciné-Club de Vélizy-Villacoublay, juste après la proclamation du palmarès. Son prix du public est posé sur la table. Il est minuit. Il a commandé un café. 

Laurent Firode : Je vous l’accorde, ma démarche est atypique. On pourrait même l’interpréter comme un retour en arrière. Mais le court métrage est pour moi comme une fenêtre qu’on ouvre pour respirer. Un espace de totale liberté. Une bulle où on peut s’amuser entre amis. J’aime aussi la neutralité du public qui vient voir ces films. Il n’y a pas de stars, personne n’a lu ou entendu la moindre critique. Les gens s’assoient dans la salle et découvrent un moment de cinéma, en toute innocence, presque comme des enfants. 
Franck Prunier : Quel est le coût de cette bouffée d’oxygène ?
LF : N’importe qui aujourd’hui peut s’essayer au film court. Rendez-vous compte, j’ai tourné « La mort du père Noël » pour trois cents euros ! Il y a trente-cinq ans, quand j’ai commencé à tourner des films d’animation en pâte à modeler, trois minutes de pellicule Super 8 coûtaient quelque chose comme trente ou quarante euros !
FP : Ces films image par image, tu les réalisais seul ?
LF : Au début oui. Tout seul, à la maison. Et puis j’ai remporté un prix. Ca m’a donné envie de m’investir avec des pros. J’ai commencé par travailler avec des étudiants en cinéma à l’école Louis Lumière. Très mauvaise expérience. Ils ont littéralement massacré mon projet. Alors j’ai fait des stages. Et puis j’ai fondé l’Atelier du film.
FP : Une maison de production ?
LF : Pas exactement. Il s’agissait plutôt de fournir les moyens techniques et humains à des réalisateurs de courts métrages débutants.
FP : Cette fois tu peux te lancer dans la réalisation ?
LF : Oui, et mes courts métrages se vendent bien.
FP : A la télévision ?
LF : Pas seulement. J’ai aussi remporté plusieurs prix au CNC.
FP : Comment es tu passé au long métrage ?
LF : Nous sommes en 1998. Des producteurs viennent me voir. Ils faisaient partie du jury du CNC et avaient repéré mes films courts. Mon premier long naîtra de cette rencontre, c’est « Le battement d’ailes du papillon », sorti en 2000. Depuis j’ai réalisé une dizaine films, pour le cinéma et la télévision, le dernier étant « Midi et soir » avec Roland Magdane et Daniel Russo.
FP : Le court métrage reste donc un bon moyen de se faire connaître et d’accéder à la cour des grands ?
LF : J’en suis la preuve vivante.
FP : Des projets pour 2013 ?
LF : Une série pour France 3, et puis un long métrage qui devrait s’intituler « Les vrais gens ».
FP : Et côté court ?
LF : Je vis à Barbès, quartier animé et néanmoins très peu filmé. Je vais y tourner une histoire. Ca s’appellera « Barbès comedy ».
FP : A t’écouter, on a le sentiment que tu te ressources dans le court métrage, que tu y puises l’énergie qui te sera nécessaire pour supporter la pression sur les longs.
LF : On peut le dire comme ça. Ce qu’il y a de certain, c’est que j’ai écrit et réalisé plus de trente courts métrage. Et que je n’ai pas l’intention de m’arrêter.

Propos recueillis par Franck Prunier

Festival "Reprises" à Bondy

Du 02 juillet au 19 août 2014

Le cinéma André Malraux à Bondy avec toute la communauté d'agglomération Est-Ensemble: Le Cin’hoche à Bagnolet, le Magic Cinéma à Bobigny, le Méliès à Montreuil, le Ciné 104 à Pantin, le Trianon à Romainville et le Cinéma du Garde-Chasse aux Lilas ont le plaisir de vous inviter à voir ou à revoir les films les plus marquants de l'année au tarif unique de 3,5 euros.

7 films sont proposés :
9 mois ferme
The Grand Budapest Hotel
The Lunchbox
Lulu femme nue
Les Gazelles
Minuscule
Gravity

Programme détaillé ci-joint: http://www.est-ensemble.fr/sites/default/files/programmereprises_bd.pdf

Université Populaire Averroès de Bondy 2014-2015

Le cinéma André Malraux présente le cycle : (H)éros et cinéma

« Nous voulons faire des hommes libres, des hommes de jugement sain, et donner à tous l’habitude de la réflexion et de la critique. »
Ainsi s’exprimait Gabriel Séailles lors de sa conférence à l’occasion de l’inauguration de l’Université Populaire du Faubourg Saint-Antoine le 8 octobre 1899. Depuis 2009, la Ville de Bondy partage la même ambition. Chaque année, des intervenants, chercheurs, enseignants et professionnels, viennent partager leurs réflexions et l’objet de leurs recherches avec leurs auditeurs dans un climat amical marqué par l’esprit de tolérance.

Céline Scemama est l’intervenante du cursus cinéma. Maître de conférence à l'université de Paris 1 La Sorbonne, elle enseigne l'analyse de film, l'histoire du cinéma, la sociologie des cinéma , le récit au cinéma et son esthétique. Elle a en autre travaillé sur l’œuvre de Michelangelo Antonioni et Jean-Luc Godard.

Cette année le thème abordé à travers quelques œuvres de l'histoire du cinéma, sera celui du héros dans sa dimension érotique. Le héros radieux, puissant, débordant d'énergie, rappelant le dieu de la mythologie grecque Éros. Les héros du cinéma apparaissent de manière spécifique à l'écran, l'exposition de leur corps, leurs gestes, leur regard, leur voix, une force qui peut pousser le personnage parfois jusqu'à la perversion, à la maladie. Cette approche du cinéma permettra de voir comment l'être humain se dessine et évolue à travers le prisme d’Éros.

Nous croiserons sur ce thème des réalisateurs tels que H.Hawks, A.Hitchcock, M.Antonioni, J.Ford, P.P.Pasolini…

LE MAGHREB DES FILMS A L’INSTITUT DU MONDE ARABE

Du 20 au 25 novembre 2013

Une sélection de 19 films dans le cadre d’un partenariat avec le Maghreb des films en faveur de la promotion des cinémas franco-maghrébins.
L’Algérie et de sa diaspora, seront présentés en ouverture avec le nouveau film de Merzak Allouache "Les Terrasses", ainsi que "Les Jours d’avant" de Karim Moussaoui, révélé lors du dernier Festival de Locarno. Avec élégance, il met en scène deux adolescents amoureux qui tentent d’inventer leur espace de liberté dans le contexte des dures années de guerre civile (années 90).
Autre perle de cette édition, le documentaire de l’Algérien Damien Ounouri, Fidai. La confession de Mohamed El Hadi Benadouda, qui raconte ses années de combat au sein du FLN et la violence, incontournable, qu’il a dû épouser.
Du Maroc seront présentés en avant-première le film qui a reçu le Grand Prix du Festival de Tanger, "Zéro", de Nour-Eddine Lakhmari (2013), un thriller soft avec anti héros dans la plus pure tradition du genre ; "C’est eux les chiens" de Hicham Lasri, l’histoire de Majhoul, emprisonné en 1981 pendant les émeutes du pain au Maroc ; "Dance of Outlaws" de Mohamed El Aboudi, un magnifique documentaire primé à Locarno cette année, le portrait d’une femme devenue mère suite à un viol à 16 ans, et qui, rejetée par sa famille, lutte pour la vie.
De Tunisie, coup de chapeau à un jeune cinéaste émergeant, Walid Tayaa, l’auteur de "Boulitik", un court métrage brillant sur trois moments, trois personnages interpellés, bousculés par la révolution tunisienne en marche, ainsi que "Journal d’un citoyen ordinaire", un film très poétique où Walid revient sur son enfance et ses parents. A noter du même réalisateur un documentaire-portrait sur Dorra Bouzid, qui retrace le parcours de cette militante et de ses combats.
En clôture, dans le cadre du 30ème anniversaire de la marche des beurs en 1983, "La Marche" de Nabil Ben Yadir, une comédie dramatique qui réunit Jamel Debbouze et Olivier Gourmet.

Programme complet sur :
http://www.imarabe.org/page-sous-section/programme-des-rencontres-du-maghreb-des-films

Albert SAMAMA-CHIKLI à l'Institut des Cultures de l'Islam

Samedi 11 juin 2016 à 22h30

Dans le cadre des Iftars (repas) de l'Institut, le laboratoire du ciné-concert nous fait découvrir un des premiers réalisateurs du cinéma moderne, pionnier du cinéma tunisien.
Une exceptionnelle projection d'images d'archives de la Tunisie accompagnée au qanun par Hend Zouari et à l'orgue de barbarie par Jacques Blackstone.

Albert Samama-Chikli est à l'origine d'une des premières projections cinématographiques en Tunisie en 1897. Ami des frères Lumière, il est aussi leur correspondant à Tunis.
Pendant la Grande Guerre, sous l'uniforme, il est à la fois photographe et caméraman à la Section Photographique et Cinématographique de l'Armée. Il est le seul dans ce cas. Sur le terrain, il alterne l'utilisation de la caméra et de l'appareil photo.
Il réalise 2 700 clichés en noir et blanc ainsi que quelques centaines d'autochromes, notamment en Afrique du Nord, dans des camps de prisonniers allemands. Il reçoit une citation, suite à la demande formulée par le capitaine Le Bris, commandant du fort de Douaumont, pour ses reportages réalisés à Verdun.
De retour à la vie civile, il tourne ses premiers films « Zohra » en 1922 et « La fille de Carthage » en 1924.
Photographe, journaliste, documentariste, il devient une personnalité tunisienne incontournable dans les années d'après guerre.
Pour en savoir plus sur ce personnage passionnant, veuillez cliquer sur ce lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Samama-Chikli

Adresse : 56, rue Stephenson 75018 Paris
Téléphone : 01 53 09 99 84

Fritz Lang à l'Institut du Monde Arabe

Mardi 14 juin 2016 à 19h00 et 20h45

L'IMA proposera une projection exceptionnelle en 35 mm d'un film en deux parties du réalisateur Fritz Lang : Le tigre du Bengale et Le tombeau hindou, film d’amour et d’aventure constituant des chefs-d’œuvre absolus de l’art cinématographique classique, réalisés par un cinéaste génial, Fritz Lang.

Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou racontent les aventures en Inde d’un robuste architecte allemand, Harold Berger, chargé par Chandra, maharadjah d’Eschnapur, épris de civilisation européenne, de construire une ville nouvelle avec des écoles et des hôpitaux modernes.Harold tombe amoureux de la danseuse Sîtha, une belle jeune femme déchirée par ses origines métisses, qu’il a sauvée des griffes d’un tigre.L’amitié entre Harold et Chandra ne survivra pas à leur attirance pour la même femme. Sîtha est séquestrée dans le Palais d’été de Chandra , tandis que le propre frère du maharadjah, un prêtre et divers ennemis échafaudent un complot pour le renverser .
Allemagne, fiction, 1959, 96 et 98 min.

Site de l'IMA: http://www.imarabe.org/cinema/le-tigre-du-bengale

SUR LES RIVES DU MONDE

Ciné-concert de Amanat Ali Kawa au théâtre André Malraux Gagny le mardi 5 avril 2016 à 20h45

GANGE
De 4000 mètres à 0 mètre

Amanat Ali KAWA en ciné-concert sur un film de Benoît ENGRAND.

A la frontière du documentaire, grâce à une grande liberté technique et une approche synthétique laissant place aux faits, ce film sans ajout de paroles, s’inscrit dans la pure lignée du cinéma direct. Ce mode de filmage proche de la photographie fût développé par Jean ROUCH, Richard LEACOCK, Frédéric WISEMAN, Raymond DEPARDON.
Ici, le regard de Benoit ENGRAND se pose sur les rives du monde. Créant de multiples passerelles, offrant à notre esprit un voyage intérieur, offrant à notre âme une certaine sérénité.
Au côté de cette poésie visuelle vient s’installer la généreuse musique d’Amanat ALI KAWA, prolongeant le chemin le long de ce fleuve où l’humanité y vit son destin. Descendant d’une longue lignée de musiciens, au désespoir de son père, Amanat Ali KAWA nous apporte une expérience nouvelle faite du subtil équilibre entre un répertoire traditionnel et ses compositions originales, accompagné par ses frères et ses cousins, en formation de trois musiciens.
Explorateur de l’âme humaine, observateur solitaire, Benoit ENGRAND jalonne le paysage audiovisuel de ses créations, multiples facettes d’un miroir où chacun de nous s’y reflète.

Projection à la Géode de la Villette

Depuis 2016

Tout au long de l'été, Euro-Project sera sur le site exceptionnel de la Géode, les films y sont projetés au format IMAX sur un écran hémisphérique géant de 1 000 m2 de superficie.
Ci-dessous la salle de cinéma en coupe et un descriptif de la salle de projection.

http://www.projectionniste.net/la-geode-paris-page2.php

Rencontre avec la réalisatrice Sophie Fillières

A la salle Jean Marais du Vésinet le vendredi 23 mars 2018 à 20h30

LA BELLE ET LA BELLE
De Sophie Fillières
Avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud
Comédie, France, 2017, 1h35

Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s’avère qu’elles ne forment qu’une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…

Dans « Camille redouble », de Noémie Lvovsky, une femme adulte se retrouvait, soudain, projetée au cœur de son adolescence, un quart de siècle auparavant. Sophie Fillières, diplômée de la Fémis la même année que Lvovsky, explore une piste voisine : Margaux, 45 ans, rencontre une jeune fille (Margaux aussi) qui n’est autre qu’elle-même, avec vingt ans de moins. Par-delà le cousinage générationnel, les deux films, très différents, montrent l’étendue du nuancier offert à une cinéaste qui s’essaie au fantastique : il peut imprégner profondément le scénario (« Camille redouble ») ou l’infuser délicatement, comme ici. On suit d’abord en alternance la Margaux mature (Sandrine Kiberlain), prof d’histoire-géo lyonnaise, en congé sabbatique, et la Margaux juvénile (Agathe Bonitzer), Parisienne qui expérimente, sans précaution, les possibles de son âge. Mais le film trouve le ton avec la première rencontre effective des deux femmes, dans une belle scène au miroir digne de Blake Edwards, où leurs mots et leurs gestes riment irrésistiblement, malgré leur dissemblance.
Qu’ont-elles à se dire, ces deux Margaux qui n’en font qu’une ? La plus jeune a sans doute à apprendre de ¬l’expérience de l’autre. La plus mûre a peut-être besoin de faire la paix avec une part ancienne d’elle-même. Mais rien n’est formulé explicitement. La confrontation, très finement dialoguée, est ramenée à des situations quotidiennes, aux détails concrets d’un voyage en TGV ou d’un séjour à la neige. Le surréalisme de la situation, ainsi minoré, n’en est que plus savoureux. Et Sandrine Kiberlain (qui avait débuté avec Sophie Fillières dans un court métrage fameux, « Des filles et des chiens ») demeure l’interprète idéale de cette étrangeté familière, discrètement cocasse.
L’arrivée du personnage masculin (Melvil Poupaud, tout en charme fêlé) lance un défi supplémentaire à la raison cartésienne : il est à la fois l’amour de jeunesse de Margaux quadragénaire et l’amant momentané de la ¬nouvelle Margaux. Avec ce trio sans logi¬que, le film gagne pourtant en profondeur, devient une réflexion émouvante sur la persistance des sentiments et le poids variable des années. L’équation triangulaire paraît d’abord insoluble, mais, après un ultime rebondissement, aussi fugace que frappant, la solution s’imposera, grâce à une mise en scène lumineuse… Idéalisme et style vont, parfois, bien ensemble.
Par Louis Guichard (Télérama)

Biographie de Sophie Fillières
Comme Noémie Lvovsky, Solveig Anspach ou Emilie Deleuze, Sophie Fillières est issue de la première promotion de la Femis, section réalisation (de 1986 à 1990). Dans le cadre de la prestigieuse école, elle tourne plusieurs courts métrages (« L'Insu », « Antoine facteur », « La Fille du directeur et la correspondante anglaise »...). En 1991, elle signe un court très remarqué, « Des filles et des chiens » (Prix Jean-Vigo), conversation comico-existentielle entre deux jeunes filles, interprétées par les débutantes Sandrine Kiberlain et Hélène Fillières. Dans les années 90, elle collabore au scénario de films réalisés par la jeune génération du cinéma français (« Nord », « Oublie-moi », « Sombre »).
En 1994, elle passe au long métrage avec « Grande petite », sélectionné à Berlin en 1994, ou l'histoire d'une jeune fille (Judith Godrèche) qui trouve dans la rue un pistolet et une forte somme d'argent. Titre énigmatique, situation insolite, personnage central féminin : voilà déjà quelques constantes de l'univers de Sophie Fillières. Par la suite cependant, la dimension comique sera plus marquée. Dans « Aïe » (2000), elle offre à sa soeur un beau personnage de fille fantasque qui donne du fil à retordre à André Dussollier. En 2005, Emmanuelle Devos campe Fontaine Leglou, l'héroïne borderline de « Gentille », le troisième opus de la réalisatrice. Et c'est Chiara Mastroianni qui incarne l'écrivain en mal d'inspiration de « Un chat un chat », comédie d'auteur sur le pouvoir du langage.

conception & réalisation : SHRUTI CLIC